Caught in the Web (mOment d’absence)

Au cours d’une réunion sur la qualité en production et les outils à mettre en place pour garantir une définition et un contrôle efficace de nos produits, nous avons réveillé des entités enfouies depuis des années au fond des abymes de mon cerveau. J’ai nommé, les matrices !

J’ai fermé les yeux cinq secondes, le temps t minimal pour tenter une recherche au coeur du cortex… Alors, comme l’escargot sort de sa coquille après la pluie, la mémoire m’est revenue et je me suis souvenu de mon amour pour ces êtres ludiques qui simplifient les calculs et la vie. Mais mon souvenir est resté aussi flou que la Tour Eiffel vue du haut de la tour Montparnasse pendant un pic de pollution. Frustré de ne plus savoir définir mathématiquement une matrice, de ne plus savoir calculer son déterminant, l’inverser, la diagonaliser (apparemment, je me souvenais de quelques mots, c’est déjà bien!), je suis retourné à mon bureau et j’ai visité les-mathematiques.net, un site spécialisé dans les Maths « difficiles ».

Je suis tombé sous le charme de la poésie d’un langage redevenu quasiment inconnu, presque mystique. Je n’ai rien compris de mes anciennes amours, mais c’était beau, ces histoires d’espaces vectoriels.

– Vous voulez voir de quoi il s’agit?
euh, c’est à dire que…
– je m’en doutais. Vous n’attendiez que ca!
mais…
– vous en faites pas, ça va me prendre 10 secondes d’aller copier-coller des extraits
je ne vais rien y comprendre!
– et alors, moi non plus!
attendez, ne… houhou? Ya quelqu’un?… houhou?…
– …
– …
– …
Ah vous voilà! Ca fait un sacré moment que j’attends !
– …
qu’y a-t-il?
– je me suis perdu!
perdu?
– oui, je voulais aller chercher la définition de la matrice. Je suis bien arrivé sur le site, mais au moment de prendre le texte avec moi, il s’est découpé en séquences et chaque morceau est passé par une fibre optique différente.
?
– je ne savais pas quelle séquence suivre! Alors j’ai voulu faire demi-tour pour copier à nouveau la définition que je voulais vous montrer, mais j’avais déjà quitté le site sur les maths! Je surfais à reculons dans un câble! Je suis devenu tout rouge. Bombardement de photons. Je me suis caché de temps en temps, mais il y a du monde qui envoie des données! Aussi j’ai parcouru cinq ou six fois le tour du monde avant de pouvoir m’arrêter. Heureusement, le hasard m’a conduit à stopper ma course ici même! Attendez-moi je vais aller voir sur les-mathématiques.net comment calculer la probabilité de ce miracle! Je…
ça joue le chalet ou bien*? Vous n’allez-tout de même pas repartir?
– et pourquoi pas! C’est inouï ce qui vient de m’arriver, je dois comprendre!
sauf que quand vous verrez la probabilité, vous comprendrez que vous serez certainement perdu à jamais.
– à moins de…
bon ça suffit. C’est moi le lecteur, c’est moi qui décide. Depuis quand c’est l’auteur qui écrit les articles!
– ok, je consigne cette histoire dans mon blog et conclue.

Ici auraient dû être copiés le texte et les images  sur les matrices… seulement voilà. Vu que j’ai tout dispersé à travers le monde, ce n’est plus possible ! Tout ce que j’avais récupéré erre encore au gré des fibres et des courants sous les océans… 

Ah les mathémamatiquetiques… A relire la poésie hermétique du langage mathématiques, j’en deviens gaga. J’ai d’ailleurs l’étrange sensation de ne pas être présent. Je… j’ouvre les yeux et ah ! Je suis devant mon pc entrain de rédiger ce cauchemar !

Quand et comment suis-je sorti de cette réunion ? Nous sommes le… dix jours que la réunion est terminée ! Une phrase retrouvée dans un petit carnet au fond d’un tiroir me revient tout à coup. Le carnet date de mes années prépa. « Sachant que ces deux années de galère me resteront sous la forme d’un bref et banal souvenir insignifiant et que tu seras tenté de croire que ce n’était pas si dur que ça, j’utilise cette feuille pour témoigner qu’à l’instant présent, je souffre! ».

Je comprends maintenant beaucoup mieux cette phrase. On dirait qu’il me reste quelques légères séquelles… les maths me font un drôle d’effet !

* expression suisse pour « Ca va la tête! »

Le paradOxe des Grands Chemins

Je me souviens des Grands Chemins que la nature y est dominante. Je me rappelle que Jean Giono y parle d’un artiste, d’une auberge et dans l’auberge, il y a une aubergiste et un poêle. Il me reste également une image, assez dépouillée certes, mais qui persiste assez précisément dans ma mémoire. Ce tableau cérébral est parcouru par un long chemin de terre bordé de hauts peupliers. Un personnage, certainement le héros du livre, se tient au centre de la scène,  droit comme un i et vêtu d’une longue toge marron. Il porte un baluchon de taille moyenne et me tourne le dos. Il s’éloigne vers l’infini.

Drôle d’introduction. Me voici l’obligation d’avouer qu’il ne me reste plus grand-chose de ce roman que j’ai lu il y a plus de dix ans… à peine quelques vagues souvenirs. Mais alors pourquoi ne supprimé-je tout simplement pas cet embarrassant préambule qui m’oblige à dévoiler la face emmental de ma matière grise ? La réponse se trouve certainement dans la suite du texte. Je ne parlerais pas sans raison d’une histoire dont le souvenir revient sans cesse dès qu’en randonnée je me sens seul au milieu de nulle part, d’une histoire qui refait surface dès que la nature et le monde qui l’abrite laissent paraître sans retenue leur infinie beauté ! Les grands espaces, les sommets recouverts de neige, les chemins traversant des prés de graminées… tout me ramène aux rêves de liberté, d’errance et de vagabondage que m’inspirait l’œuvre. 

Si j’en crois les mots qui précèdent, je tiens désormais la réponse à la question et je suis maintenant en mesure de conclure les prolégomènes nécessaires pour la suite. Mais avant d’aller trop loin, j’ouvre une petite parenthèse… car je tiens à annoncer que randonner n’apporte pas uniquement des pensées positives. Ce serait trop simple. Parallèlement aux bienfaits que m’apportent mes excursions, la communion avec la nature me fait glisser inévitablement vers les abîmes de ma pensée. J’en viens régulièrement à détester l’Homo Modernicus. 

Prenons un petit enchaînement logique pour illustration de ces dérives mentales : imaginez qu’après trois heures de marche vous vous trouviez en haut du Mont-Tendre, unique sommet du Jura duquel vous pouvez observer le Lac Léman sur toute sa longueur, de la vallée du Rhône à votre gauche, c’est-à-dire à l’Est, au Jet d’Eau de Genève à l’Ouest, votre droite. Vous pouvez également observer, en face de vous, le Mont-Blanc au-delà des premiers pics des Alpes… et pour peu que ce soit le soir, le soleil rasant vous transforme le roi des Alpes en un magnifique Mont-Rose qui domine le paysage. Vous vous sentez bien, détendu, heureux, vidé.

Leman - (c) Julien DUMOUCHEL

Orage sur le Léman – ©2008 Julien DUMOUCHEL

Alors vous baissez les yeux et commencez à distinguer des mini-humains qui s’agitent comme des fourmis sur une gigantesque fourmilière. Des filets lumineux jaunes et rouges dessinent les routes comme les veines sur une peau blanche. Dans un premier temps vous trouvez l’ensemble magnifique. Puis des souvenirs vous reviennent sans que vous arriviez à les chasser et, sans trop savoir pourquoi, vous repensez aux désirs que le système nous injecte en intraoculaire par l’intermédiaire des médias (on frôle pléonasme). Evidemment, conditionnement bien calculé du subconscient oblige, vous prenez conscience que nous ne savons pas nous soustraire à ces désirs, qu’il nous faut acquérir l’argent nécessaire à leur satisfaction et que nous nous soumettons ainsi sans contester à des efforts quotidiens et soutenus. Vous comprenez que nous acceptons malgré nous d’être liés à des conditions de vie dont nous ne voulons souvent pas, que nous pactisons avec les banques et que, croulant sous les dettes, nous finissons par nous mentir en pensant que ce n’est pas si mal… pensée positive résultant de la satisfaction d’un désir qui se transforme en une sorte de décharge chimique au niveau du cerveau et provoque un soulagement appréciable qui permet à l’individu de jouir de quelques instants de répit. Vous vous sentez soudainement faible et vulnérable. Vous commencez à sentir que dans ces conditions de vie, les individus sont imperméables mais leur inconscient peut profiter d’un moment de faiblesse ou de détachement pour frapper. Vous avez à peine le temps de mesurer la portée de vos pensées que votre inconscient prend le contrôle de vos idées et du haut du Mont-Tendre vous êtes atteint d’un vertige d’un genre inhabituel. Doux rêveur, vous vous mettez à imaginer un monde dans lequel nous travaillerions uniquement par passion et habiter en montagne ne serait pas une contrainte. D’ailleurs vous voudriez reste ici indéfiniment ou vous aimeriez trouver en descendant une société dans laquelle l’argent ne serait pas indispensable et notre voisin partagerait généreusement son pain si vous veniez à en manquer. Oui, doux rêveur… Mais il vous faut descendre maintenant et retrouver la civilisation telle qu’elle est. Une haine plus ou moins modérée s’empare de vous.

Vous décidez tout de même de vous calmer avant de redescendre. Tout rentre finalement dans l’ordre et au final, vous avez passé un merveilleux moment loin des hommes, proche de vous.

Je me suis un tantinet égaré et ferme la parenthèse. 

Que voulais-je écrire au juste lorsque j’ai décidé de commencer à parler des Grands Chemins ? Je crois que je souhaitais mettre des mots sur des impressions fortes, les désirs irréprimables qui m’envahissent à chaque fois que je découvre un coin de montagne avec l’illusion d’être un aventurier. Dire à quel point, devant la beauté des paysages, je suis saisi par l’envie de partager, de prendre des milliers de photographies et les diffuser à tous ceux avec qui j’aimerais vivre ces instants de découverte. En fait, il me semble que je voulais simplement exprimer mon irrésistible et récurrente envie de montrer à tous ceux qui restent enfermés dans les villes l’infinie diversité du monde qui nous entoure et de leur hurler de venir rêver, profiter et prendre conscience des merveilles que notre comportement détruit à petit feu.

Mais finalement, la présence de plus de monde sur ces chemins de randonnée ne serait-il pas pire encore pour la nature ? Quel est le comportement à adopter, le bon comportement ? Que se passerait-il si une dizaine de milliards d’individus se mettaient à arpenter les sentiers de montagne ? Les paysages subiraient-ils le même sort que la Côte d’Usure ? Là, je crois que je m’égare à nouveau. 

Finalement, tout ce que je peux dire, c’est que je suis sujet à un double « je », car mon envie de partager affiche clairement ses limites. Je sais que je détesterais trouver davantage de monde sur mes Grands Chemins ! Alors merci de vous contenter de les lire ! Jean Giono vous en remerciera également…

Le dAnube bLeu

« Rovave, sa rovave ». Je ne sais pas ce que ces mots signifient, mais peu importe. La musique m’emporte et les images affluent. Le Danube Bleu m’ouvre à nouveau ses portes et je retrouve un décor oublié depuis bien longtemps. Ça a duré combien de temps au juste ? Je ne sais plus. Peut-être six mois, peut-être un an.

Nous nous y retrouvions plusieurs fois par semaine après les répétitions, et devant un Picon nous parlions avec les notes d’un violon-guitare qui faisait écho au bruit des verres. Les volutes de fumée bleue portaient nos mélodies un delà café et nos esprits au delà du réel.

Les habitués du café voyageaient avec nous, nous encourageaient sans cesse et nous incitaient à poursuivre. Déliées par le flot de sons et de cervoises, les langues racontaient çà et là des morceaux de vie. Tous finissaient par se confier aux autres, aux verres et aux murs. Chacun repartait le cœur léger, vagabondant dans ses jardins secrets, oubliant la dure réalité, le vide, les remords et les regrets d’une vie trop peu souvent maîtrisée.

Chez le Hongrois, c’était ailleurs. Un refuge hors du monde. Hors du temps.

« Amantito », l’air a changé, pas l’esprit. Ces souvenirs reviennent plus forts encore. Merci Titi d’être le gardien de ces trésors.

L’escargOt

En attendant mon train en gare de Lausanne, j’ai dégusté au soleil un délicieux croissant Cailler. Ce chocolat fondant, ces éclats de noisettes pris dans la pâte… je me suis subitement retrouvé à Metz, rue Serpenoise, devant la Brioche Dorée.

Il y a quelques années… Un petit plaisir d’enfance. Le cadeau des sorties en ville quand j’avais 10 ans. Je m’y sentais à nouveau, un escargot tout chaud entre les mains, les raisins qui fondent sous la langue et le beurre qui tartine les papilles.

Un flash qui, du haut de mes même pas trente ans, m’a offert un violent coup de vieux mais m’a rassuré : les belles choses ne s’oublient pas!

Réveil Ensoleillé

Ce matin, j’ai ouvert les yeux et quelques rayons filtrés à travers les volets sont venus m’apporter un vent de nostalgie. J’ai tout de suite su que j’allais me sentir douze ans en arrière…

La clarté diffuse d’un soleil d’hiver. L’odeur d’un café fraîchement coulé. Le temps de disposer de mon temps pour flanner. Tous les ingrédients étaient là pour un laisser aller sans limites, un plongeon à travers le temps.

LoveDrive est venu s’insérer dans cette scène. Coast to Coast et c’en fut fini de ce monde.

A mon retour, je me suis senti rajeuni. Je venais de vivre une semaine de vacances dans un région que j’adore puis, à bord des mes pensées, j’ai effectué le voyage spatio-temporel complet des années qui me séparaient d’aujourd’hui.

Un bon dans le passé qui redonne de l’énergie pour un long moment…