Brume Automnale

Souviens-toi…

Lorsque j’habitais à Metz, nous adorions errer le matin dans le brouillard, près du plan d’eau, au bord de la Seille ou du bras mort de la Moselle. Les arbres en ombres chinoises sur une brume orangée par les lampadaires dessinaient des formes propices à l’imagination. Les esprits étaient prêts à bondir du néant… tu te souviens ?

 »Je me souviens…  » Je revois les gouttelettes perler sur les toiles d’araignées. Je sens à nouveau nos doigts gelés autour d’un Amsterdamer qui semblait divin. Les signes, pattes et plumes glacées, cherchent sous nos yeux un peu de chaleur, sur l’eau, sous leurs larges ailes. L’eau, d’où s’échappe ce cocon de vapeur froide qui nous entoure, s’étend aux limites du champ de vision et semble provenir de nulle part. La vapeur qui s’élève progressivement ajoute du mystère à ces instants magiques.

Je me souviens, rien ne pouvait entraver ces moments de liberté. Nous étions dans Notre Monde.

Aujourd’hui, je suis à Bienne. La ville est sous une nappe dense. Une nappe qui éveille en moi ces souvenirs. Tout ici est réuni : un lac, de magnifiques grands arbres, des signes, des lumières orange. Tout est parfait. Il y a même la montagne qui découpe un doux profil en arrière plan sur cette toile de maître.

Dommage que dans ce pays, un mot d’ordre soit écrit en gras sur de petits panneaux anodins à priori : Police Population, Surveillance Mutuelle. Ce que ces mots cachent à peine anéanti sans détour le sentiment de liberté dont je jouirais volontiers.

On verra bien demAin

A Lcc, A Kmy…

Un lourd silence pesait sur ma chambre !
où la nuit encensée sentait fort l’ambre.
Et à deux heures sans bruit tous sont partis.
Très vite ma vie a pris un goût d’ennui.

Je voyais tant d’images tristes et obscures !
comme dans une pièce où les scènes sont dures.
Pour les mois à venir rien de drôle.
La vie nous réservait des mauvais rôles.

Les souvenirs tranchaient comme des sabres !
j’étais mal à l’aise seul dans ma chambre.
Et à l’horizon aucun bon présage.
Mieux valait très vite tourner la page.

Alors je me suis glissé dans mon lit
pour chevaucher les rêves les plus sublimes
Ceux qui chaque nuit égayent la vie
Et nous font croire en un monde sans abîme.

Aujourd’hui je suis encore dans ces rêves !
je prie pour que rien ne me les enlève.
Ils me permettent de ne pas craquer.
Ou très vite de devenir aliéné.

Nicolas QUENTIN
Heillecourt, 17 Avril 2000