Apparence

L‘étoffe d’un feuillage consume les racines
Les couleurs disparaissent sous un calque carbone

A l’apparence
Tout acquis succombe

On détruit la pierre et l’ère de paille cartonne
Au royaume du gravier qui se prend pour une cime

Pour l’apparence
On quitte ou on tombe

Naissent des fragments de vies en ruptures brutales
Cohabitation au mieux maux et guerres au pis

L’apparence
Éclate sur le monde

Une arme détenue par certains voire des amis
Qui tuent sans le savoir pour un vain idéal

Nicolas QUENTIN
Penthaz, 23 Janvier 2010

La rOue de Deming tOurne à l’envers…

Le sujet porte sur la représentation graphique d’une méthode d’amélioration continue souvent utilisée en gestion de la qualité. La méthode comporte quatre étapes cycliques dont l’enchaînement doit permettre d’améliorer la qualité de ce qui est réalisé. Cette méthode est théoriquement applicable aux projets en entreprise, mais aussi aux projets personnels tels que la création d’oeuvres musicales ou picturales. 

Les étapes sont P pour Plan (préparer, planifier ce qui est à réaliser), D pour Do (développer, mettre en œuvre, réaliser), C pour Check (contrôler, mesurer, juger) et A pour Act (agir, ajuster, réagir). Placé dans un cercle vertueux, on obtient la représentation basique suivante, dite Roue de Deming : 

Deming

Afin de montrer que l’enchaînement des quatre étapes de manière itérative conduit à l’amélioration du système auquel on l’applique, la roue est très souvent représentée sur un plan incliné dont l’élévation caractérise l’amélioration. On y ajoute une cale symbolisant un système solide, prévu pour contrôler l’application du cycle et limiter tout risque de retour en arrière. 

La rOue de Deming - (c) 2009 OuiLeO.cOm

A priori cette représentation semble astucieuse. Seulement, on remarquera que lorsque la roue remonte la pente, tout observateur du référentiel terrestre (ici TiLeo qui pousse la roue vers le haut le long du plan incliné) voit défiler les lettres dans le sens inverse, soit DPAC … la catastrophe assurée. 

Ainsi, si l’essence du progrès, tel l’ADN pour un organisme, repose sur le code ordonné PDCA comme le veut la méthode, cette représentation communément admise (pour preuve, une petite recherche en images …) nous dit qu’en voulant améliorer ce que l’on fait, on aurait plutôt tendance à descendre la pente … 

La cale prend alors une toute autre signification : elle limite les dégâts et explique alors pourquoi la plupart du temps, dans nos sociétés adeptes du PDCA, rien ne se passe … 

Conclusion : une image vaut mieux qu’un long discours … pour autant qu’elle soit juste !

Le prix des mOts

Si je m’en sors, ce texte va me coûter très cher. Je n’ai jamais écrit quoique ce soit mais j’ai trop parlé dans un bar sous l’effet de l’alcool. Je suis poursuivi. Et si on me rattrape, je suis ruiné. Nous avons atteint un point de non retour qui va conduire le monde à sa perte et il faut que j’en témoigne avant qu’il ne soit trop tard. Au cas où… pour ne pas commettre les mêmes erreurs si une civilisation plus sage réapparait un jour.

Avec le développement de l’électronique et la surveillance systématique, nous sommes traqués jusque dans les moments les plus intimes de notre vie. Tous nos faits et gestes sont soigneusement consignés et pourront être retenus contre nous en cas de délit majeur. L’habitude faisant, nous subissons sans maudire et tentons de trouver la liberté promise dans le rêve et les longues soirées à discuter d’évasion. Seulement l’annonce très récente de la dispersion progressive à travers le monde de milliards de verboreilles me fait l’effet d’une bombe à retardement qui vient d’être amorcée.

Cette mesure aurait pu être anodine et j’aurais même pu vanter les mérites sécuritaires de la mesure. Seulement il y a quelques mois, les autorités politicommerciales ont autorisé les entrepreneurs à déposer des noms communs car ils commençaient à tomber dans un barbarisme effrayant. Les marques déposaient des mots tels Seau d’Ah, Canna Pets, Vie Trops, Lessi’V, dans des proportions telles que l’apprentissage de l’orthographe à l’école était devenu impossible. On ne pouvait continuer à créer des mots et des orthographes uniquement pour protéger des idées et des produits. Il fallait agir. Et le langage courant a été vendu pour en assurer la conservation. C’est ainsi qu’un coca-cola qui vaut cinq euros sur la carte en coûte sept une fois commandé oralement, que le moindre service demandé à un vendeur vous est facturé en euros pas loin du nombre de mots utilisés et que le texte que vous lisez, à ce stade, va me coûter pas loin de trois cent cinquante euros.

En seulement deux ans, tout le vocabulaire de toutes les langues a été acquis par trois groupes industriels, géants informatiques qui ont verrouillé les systèmes d’information le temps de trouver une stratégie pour justifier l’achat de tous les mots. Les écrivains modestes ont arrêté leur activité faute de moyen pour payer les droits de leurs oeuvres, les autres ne croient plus en l’avenir du livre. Le cinéma et le théâtre sont devenus muets. Les gens miment et réinventent le langage des signes. Les journaux sont devenus très chers, les gratuits ont disparu.

Malgré tout, il était encore possible de discuter discrètement le soir autour d’un feu, dans la voiture ou au travail… il suffisait d’être discret dans les endroits publics, jardins où fleurissent autorité et délateurs. Et nous jouissions de cet espace de liberté encore toléré.

L’arrivée des verboreilles promet un avenir bien sombre. D’après mes renseignements, un verboreille est un micro composant électromécanique gravé sur silicium qui est capable de livrer ses coordonnées GPS, de capter et analyser les sons qui sont émis dans un rayon de trois mètres, de communiquer à la centrale les informations sur les mots que nous consommons afin de nous établir une facture à la fin de chaque mois. Un grain de sable protégé par une microbille de verre qui, une fois dans la nature, voyage, glisse sous toutes les portes, dans tous les interstices, pénètre les objets et les corps, s’insinue partout. Un milliard de milliards de verboreilles ont été fabriqués ces dernières semaines par des procédés industriels révolutionnaires extrêmement rapides, dont le développement a été financé secrètement par les trois puissants et le revenus faramineux des mots. Ce procédé défie tous les traitements plasmas et autres micro-gravures, traitements les plus fiables connus du public à ce jour. La nouvelle technique exploite les interactions énergétiques dans les collisions de molécules élémentaires d’espace temps. Je n’en dirai pas davantage sur cette technique, car je n’ai pas les moyens de m’étendre sur des sujets aussi coûteux, mais il faut avoir conscience que les verboreilles ne sont que le début d’une série de traceurs et que la liberté des individus et des peuples vit bel et bien ses dernières heures.

L’armée de verboreilles va être soufflée dans l’atmosphère. Proprement répartie sur la surface du globe. Il n’y aura pas, à terme, le moindre endroit qui puisse recueillir gratuitement des mots. Messes, repas de famille, rencontres galantes… tout deviendra payant. Et pour ceux qui ne peuvent pas payer ? Je n’ose pas imaginer ce qui a été prévu. Mais l’imagination me rattrape. Mains coupées pour ceux qui écrivent sans payer et langue arrachée pour ceux qui parlent au-delà de leurs moyens. Confinement en milieu désertique pour les récidivistes et mise en orbite pour ceux qui arriveraient à s’échapper des déserts.

On sonne à ma porte. Que faire !… je vais cacher cette page sous la dalle de la cuisine en attendant. J’ai d’autres éléments à écrire, je reviendrai…

Le document a été retrouvé sans suite…

Nicolas QUENTIN
Penthalaz, 23 Janvier 2009