Une vie de chAt

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;

Leurs reins féconds sont plein d’étincelles magiques
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal – Les Chats

Une Vie de chAt - (c) 2010 OuiLeO.cOm

Merci à Tiki pour m’avoir accordé le droit d’utiliser son image…

Apparence

L‘étoffe d’un feuillage consume les racines
Les couleurs disparaissent sous un calque carbone

A l’apparence
Tout acquis succombe

On détruit la pierre et l’ère de paille cartonne
Au royaume du gravier qui se prend pour une cime

Pour l’apparence
On quitte ou on tombe

Naissent des fragments de vies en ruptures brutales
Cohabitation au mieux maux et guerres au pis

L’apparence
Éclate sur le monde

Une arme détenue par certains voire des amis
Qui tuent sans le savoir pour un vain idéal

Nicolas QUENTIN
Penthaz, 23 Janvier 2010

Epidémie de LyfOla

Il y a des jours pour un rien
On monte sur ses grands chevaux
Et là ce n’est pas le pain
Mais des conneries rongeant les os
Des tissus ou verres mal coupés
La tête hurle de bêtises
Les soucis sont sans arrêts
Des broutilles sans importance

Soudain tomber en enfance
Puis plonger craindre la mort
Et sentir passer la lance
Du temps qui dicte son sort
Le cerveau ne peut plus suivre
L’envie de tout est trop floue
Mille et une passions à vivre
Comment sans devenir fou !

Ne plus apprécier la brise
Craquer soufflé par l´effort
Quand le corps hurle et se brise
Même jeune on sent la mort
C´est un combat quotidien
Comme nager dans une piscine
Sans eau sans bord et sans main
Etre un arbre sans racine

Par l´expression on guérit
Coudre des paupières fermées
D´un fil tissé d´encre d´oubli
Ne plus croire ne plus penser
Jouer peindre avec les mains
Ne plus voir mais mieux sentir
Une thérapie pour le bien
Que la barque ne chavire !

Nicolas QUENTIN
Metz, 19 Juin 2003

Tour de Terre

C’est mon vingt deuxième tour de manège
Sur cette Terre où tout tourne tout le temps
Les heures, les jours, les semaines et les ans
Et les gens qui se jettent sautent dans la neige

La sèche bise tourbillonne sur l’étang
Fige l’épaisse glace qu’auparavant le vent
A lissé pour laisser les enfants glisser
Tourner et tourner sur la pointe des pieds
Entraînant leur parents dans cette douce folie
Au cœur d’un tourbillon où on oublie tout – tant pis

C’est mon vingt deuxième tour d’année sur cette Terre
Et à si petits pas d’avancer en solitaire
Le temps recouvrira ma tête d’un doux manteau blanc
Avant que l’on me tire sur cet étang

Nicolas QUENTIN
Heillecourt, 29 Décembre 2001

Un Rêvevie

Je marchais sous la pluie 
Et le bord de la Loire
Je rêvais et chantais 
Quand la Loire m’a fait voir
Le reflet de la Lune 
Qui perçait dans le noir
Elle hurlait en silence 
Mais qui voudrait me croire

***

Des troubadours et peintres
Réfugiés sous un pont
L’Amsterdamer fumant 
La bière l’inspiration
Sur les toiles dans les chants
L’eau remonte les monts
Le temps s’est arrêté 
La Lune donne le ton

***

Sous ce pont plein de vie
Je passe humide pavé
Je ne veux plus marcher
Pourquoi continuer
Dans les mots que j’entends
Comme ceux sur ce papier
Un clin d’œil un ami
Je m’arrête de marcher :

Je vois puis j’observe les fresques sur les murs
Des peintures rupestres qui souffrent de coulures
Les couleurs estompées le béton se fissure
Les Tags sont-ils plus laids que gris froids, moisissures

J’entends puis j’écoute rêveuses mélodies
Flûtes guitares et lyres délirent égayent la nuit
Et sont peintes sur les toiles avec fresques et pluie
Un moment de magie que le rêveur saisit.

Nicolas QUENTIN
Orléans, 07 Mars 2001