Le Pianiste

Le pianiste est en pleurs
Son amour est parti
Il se meurt
Son coeur est meurtri,
Meurtri de cet amour impossible
De cette solitude qui l’a conquit.
Rien ne peut le rendre désirable,
Il est parti dans l’oubli,
Personne ne sait,
Personne ne le connait plus
Tout le monde l’a abandonné
Alors il se met à jouer.
Ses doigts charnus
Glissent le long du clavier
Rien ne peut l’arrêter.
Il souffre cet amour impossible
Cet amour perdu à jamais.
Ce joueur si misérable
Pleura
Il pleura le jour de leur rencontre.
Désormais c’en est trop,
Son coeur lâcha,
Mais lui ne s’arrêta pas,
Il continua,
Son corps le brûlait, 
Il joua de toute son âme
Car seul elle lui restait.
Autour de lui tout s’enflamme
Tout se met à tourner,
Mais lui reste là et joue,
Il joue les larmes de son coeur
Ses mains sanglantes frappent les touches
Et d’un coup plus rien,
Plus un son,
Plus que des larmes,
Les larmes rouges du désespoir,
Les larmes rouges de l’espoir…
Le pianiste reste là, 
Seul et immobile,
Personne ne le sait
Personne ne s’en préoccupe.
Le pianiste est mort
Et jusqu’à son dernier remords
Il joua.
Il joua les larmes de son coeur
Il joua ses pleurs
Il joua tout ce que personne ne comprendra
Il joua l’amour qu’il a pour toi
A jamais son coeur ne batterra

Romain QUENTIN
Heillecourt, 2006

La Descente

L’obsédante noirceur 
De la cage d’escalier
Sans raison lui fait peur
Ne pas reculer

Il doit faire ce dernier pas
Cette grande avancée
Ce premier pas d’un au-delà
C’est la clé

Fermer la porte à clé
Ne plus jamais se retourner
Se laisser bercer par la nuit
Et la pluie

Oui dehors il pleut
Coule sa peur
Sur sa peau et de ses yeux
Oui il pleure

Ecrasante solitude 
Qu’induit l’inquiétude
Mais la lune comme d’habitude
Berce de quiétude

Et l’esprit libre
Tileo avance
Il sent qu’il va vivre
De mythes et de danses

Nicolas QUENTIN
Orléans, Février 2002

Tour de Terre

C’est mon vingt deuxième tour de manège
Sur cette Terre où tout tourne tout le temps
Les heures, les jours, les semaines et les ans
Et les gens qui se jettent sautent dans la neige

La sèche bise tourbillonne sur l’étang
Fige l’épaisse glace qu’auparavant le vent
A lissé pour laisser les enfants glisser
Tourner et tourner sur la pointe des pieds
Entraînant leur parents dans cette douce folie
Au cœur d’un tourbillon où on oublie tout – tant pis

C’est mon vingt deuxième tour d’année sur cette Terre
Et à si petits pas d’avancer en solitaire
Le temps recouvrira ma tête d’un doux manteau blanc
Avant que l’on me tire sur cet étang

Nicolas QUENTIN
Heillecourt, 29 Décembre 2001

Aujourd’hui cOmme Hier

A l’heure où la nuit pâlit
Et les oiseaux entament leur chant
Mon cœur se réveille dans l’ennui
Un vague à l’âme persistant.
Que vais-je encore faire ce jour
Moi qui rêve de voyage sans fin
Et ne voit encore et toujours 
Que les proches limites d’un jardin ?

Hier se relève aujourd’hui
Et cherche à aller vers demain.
Je le sais, les jours se copient,
J’essaye de les changer ; en vain.
Alors restent les longues nuits
J’allume bougies et encens
Je tente de changer de vie.
En égoïste je fuis le temps.

J’aime le soir, j’aime la nuit
Cette ombre qui endort la ville
Et que le soleil par peur fuit.
Un monde engourdi est tranquille.
– Vents de folie emportez-moi !
La Terre chaque jour tremble plus
Et les hommes ne le voient pas !
Emportez-moi ! Qu’ils réagissent ! –

Hier encore dans le vide
Ces quelques phrases j’ai hurlé
Ce matin claire et limpide
L’eau de mes yeux s’est échappée.
A l’heure où le ciel rougit
Et les oiseaux continuent leur chant
Mon cœur réveillé dans l’ennui 
Ne souhaite plus battre longtemps.

Nicolas QUENTIN
Heillecourt, 21 Avril 2000

On verra bien demAin

A Lcc, A Kmy…

Un lourd silence pesait sur ma chambre !
où la nuit encensée sentait fort l’ambre.
Et à deux heures sans bruit tous sont partis.
Très vite ma vie a pris un goût d’ennui.

Je voyais tant d’images tristes et obscures !
comme dans une pièce où les scènes sont dures.
Pour les mois à venir rien de drôle.
La vie nous réservait des mauvais rôles.

Les souvenirs tranchaient comme des sabres !
j’étais mal à l’aise seul dans ma chambre.
Et à l’horizon aucun bon présage.
Mieux valait très vite tourner la page.

Alors je me suis glissé dans mon lit
pour chevaucher les rêves les plus sublimes
Ceux qui chaque nuit égayent la vie
Et nous font croire en un monde sans abîme.

Aujourd’hui je suis encore dans ces rêves !
je prie pour que rien ne me les enlève.
Ils me permettent de ne pas craquer.
Ou très vite de devenir aliéné.

Nicolas QUENTIN
Heillecourt, 17 Avril 2000