Métamorphose

D‘un prétexte surgi d’un contexte

J’allume les feux d’un nouveau phare
Une mire et une ligne de départ
Hissons les voiles oh ! moussaillon
Souffle le vent des solutions
La houle se lève dans ma caboche
Les vagues de conflits s’effilochent

Naît l’espoir d’un nouveau départ

D’us l’embarcation frêle peine
Sans cesse les ondes me ramènent
Je m’échoue lamentablement
Le long des plages de mes tourments
Les volontés s’évanouissent
Et je m’incline devant mes vices

Tiens un contexte sans conteste

Mais aujourd’hui le cap est là
Je fixe un point vais hors de moi
Adieu passé amas de causes
A la barre les métamorphoses
Afin que seul compte le sacré
Dont demain je veux me bercer

Pour que l’espoir soit une victoire 

Larguées à jamais les amarres
Oubliés mes pires cauchemars
Je sais faire face à l’amer
Du manque qui se mue en enfer
Enfin libéré d’un fardeau
J’ère tel l’air au dessus de l’eau

Nicolas QUENTIN
Penthalaz, Août 2009

Caught in the Web (mOment d’absence)

Au cours d’une réunion sur la qualité en production et les outils à mettre en place pour garantir une définition et un contrôle efficace de nos produits, nous avons réveillé des entités enfouies depuis des années au fond des abymes de mon cerveau. J’ai nommé, les matrices !

J’ai fermé les yeux cinq secondes, le temps t minimal pour tenter une recherche au coeur du cortex… Alors, comme l’escargot sort de sa coquille après la pluie, la mémoire m’est revenue et je me suis souvenu de mon amour pour ces êtres ludiques qui simplifient les calculs et la vie. Mais mon souvenir est resté aussi flou que la Tour Eiffel vue du haut de la tour Montparnasse pendant un pic de pollution. Frustré de ne plus savoir définir mathématiquement une matrice, de ne plus savoir calculer son déterminant, l’inverser, la diagonaliser (apparemment, je me souvenais de quelques mots, c’est déjà bien!), je suis retourné à mon bureau et j’ai visité les-mathematiques.net, un site spécialisé dans les Maths « difficiles ».

Je suis tombé sous le charme de la poésie d’un langage redevenu quasiment inconnu, presque mystique. Je n’ai rien compris de mes anciennes amours, mais c’était beau, ces histoires d’espaces vectoriels.

– Vous voulez voir de quoi il s’agit?
euh, c’est à dire que…
– je m’en doutais. Vous n’attendiez que ca!
mais…
– vous en faites pas, ça va me prendre 10 secondes d’aller copier-coller des extraits
je ne vais rien y comprendre!
– et alors, moi non plus!
attendez, ne… houhou? Ya quelqu’un?… houhou?…
– …
– …
– …
Ah vous voilà! Ca fait un sacré moment que j’attends !
– …
qu’y a-t-il?
– je me suis perdu!
perdu?
– oui, je voulais aller chercher la définition de la matrice. Je suis bien arrivé sur le site, mais au moment de prendre le texte avec moi, il s’est découpé en séquences et chaque morceau est passé par une fibre optique différente.
?
– je ne savais pas quelle séquence suivre! Alors j’ai voulu faire demi-tour pour copier à nouveau la définition que je voulais vous montrer, mais j’avais déjà quitté le site sur les maths! Je surfais à reculons dans un câble! Je suis devenu tout rouge. Bombardement de photons. Je me suis caché de temps en temps, mais il y a du monde qui envoie des données! Aussi j’ai parcouru cinq ou six fois le tour du monde avant de pouvoir m’arrêter. Heureusement, le hasard m’a conduit à stopper ma course ici même! Attendez-moi je vais aller voir sur les-mathématiques.net comment calculer la probabilité de ce miracle! Je…
ça joue le chalet ou bien*? Vous n’allez-tout de même pas repartir?
– et pourquoi pas! C’est inouï ce qui vient de m’arriver, je dois comprendre!
sauf que quand vous verrez la probabilité, vous comprendrez que vous serez certainement perdu à jamais.
– à moins de…
bon ça suffit. C’est moi le lecteur, c’est moi qui décide. Depuis quand c’est l’auteur qui écrit les articles!
– ok, je consigne cette histoire dans mon blog et conclue.

Ici auraient dû être copiés le texte et les images  sur les matrices… seulement voilà. Vu que j’ai tout dispersé à travers le monde, ce n’est plus possible ! Tout ce que j’avais récupéré erre encore au gré des fibres et des courants sous les océans… 

Ah les mathémamatiquetiques… A relire la poésie hermétique du langage mathématiques, j’en deviens gaga. J’ai d’ailleurs l’étrange sensation de ne pas être présent. Je… j’ouvre les yeux et ah ! Je suis devant mon pc entrain de rédiger ce cauchemar !

Quand et comment suis-je sorti de cette réunion ? Nous sommes le… dix jours que la réunion est terminée ! Une phrase retrouvée dans un petit carnet au fond d’un tiroir me revient tout à coup. Le carnet date de mes années prépa. « Sachant que ces deux années de galère me resteront sous la forme d’un bref et banal souvenir insignifiant et que tu seras tenté de croire que ce n’était pas si dur que ça, j’utilise cette feuille pour témoigner qu’à l’instant présent, je souffre! ».

Je comprends maintenant beaucoup mieux cette phrase. On dirait qu’il me reste quelques légères séquelles… les maths me font un drôle d’effet !

* expression suisse pour « Ca va la tête! »

NeurOnes à vendre

J’ai lu ce matin dans Pour la Science que des chercheurs de l’Institut Pasteur ont découvert des cellules souches de neurones au cœur du cerveau des êtres adultes, ébranlant ainsi la certitude que nous avions selon laquelle notre cerveau ne se régénère plus après 25 ans.

Moi qui depuis l’âge fatidique ne cesse d’exercer ma matière grise afin de minimiser les pertes, je trouve cette information très rassurante et je me réjouis. Je me laisse surfer sur une vague de dérives que je me plais à imaginer : commerce juteux de cellules souches de cerveaux de polytechniciens, backup de mémoire sur substrat en boîte de pétri pour contrer la maladie d’Alzheimer, légalisation du cannabis(1) dont les conséquences sur les neurones deviennent réparables(2), création d’un cerveau clone posté ad vitam aeternam derrière le pc du boulot fin de pouvoir travailler tout en restant au lit tous les matins(3)/(4), fabrication de chats et chiens qui parlent pour faciliter le dialogue avec nos Chmôlucs(5) préférés…

Ah ! Que de perspectives dans une telle découverte ! Il y a des jours où j’aime la science…

(1) l’abus de ce consommable est dangereux pour la santé. A consommer, donc, avec grande modération.
(2) si vous croyez à cette affirmation, arrêtez le (1) !
(3) pour votre santé, bougez, faites du sport et mangez des fruits et des légumes (5 portions de 120g par jour). « Surfer » sur Internet n’est pas faire du sport!
(4) voir (2).
(5) nom d’emprunt. Toute ressemblance avec un nom réel, aussi peu probable soit-elle, est fortuite.

Le poissOn magique

… que nous nous promenons. Les falaises d’Etretat sont vraiment magnifiques. Je crois apercevoir en contre bas un pêcheur dans une barque. Il remonte un énorme poisson. Ca me fait penser à Dingo et le poisson magique. Je me penche pour mieux voir. Soudain le sol se dérobe sous moi. Je crie. Je ferme les paupières.

J’ouvre un œil. L’environnement est brumeux. Le second. Je n’y vois pas plus clair. Seule la silhouette d’un gigantesque arbre au milieu de ce paysage de coton apparaît en ombre chinoise à quelques mètres. Il a dû tomber de la falaise avec moi. Une puissante source lumineuse bleue luit derrière le tronc du colosse. Un véhicule ? Pourtant tout est silencieux. Et la couleur… Soudain la lumière devient verte et disparaît, toujours sans le moindre bruit. Je n’y vois plus rien. Je tremble. J’ai froid. Je suis assis sur le sol. Je le devine couvert d’herbe. Je dois être dans un pré. A moins que ce soient de jeunes pousses de blé et je suis dans un champ. La rosée mouille le fond de mon pantalon. Je me lève, inquiet. Où suis-je ?

Le temps passe lentement. La valse des couleurs recommence encore. Puis encore des dizaines et des dizaines de fois. Le brouillard ne se lève pas. Je ne sais pas où aller. J’ai tenté de m’éloigner mais mes jambes sont lourdes et l’arbre me suit ! Mes pensées s’étirent, mes gestes ralentissent. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis ici. Une éternité. Perdu. Immobile. Pétrifié. J’ai peur. Tout à coup, j’ai la désagréable sensation d’être aspiré… en réalité (est-ce vraiment la réalité ?), une vague de lumière pousse le nuage qui m’oppresse depuis si longtemps. Je suis dégagé du piège d’ouate et peux désormais contempler, à la lueur d’un lointain soleil bleu, tout ce qui m’entoure… et je constate, effrayé, qu’il n’y a RIEN !

Mis à part l’arbre, il n’y a rien. Je ne touche aucun sol. L’arbre flotte dans le vide. Pourtant j’ai bien la sensation d’être posé sur le sol. Je regarde au loin, cherche un horizon. Mais il n’y a pas d’horizon. Une infinité de vide. Je suis pris de vertige. Le brouillard me manque. Mais j’y pense, la rosée de tout à l’heure ? Je l’ai bien sentie ! Où est-elle passée ? Je regarde mes pieds… pas de pieds. Je tente désespérément de voir un corps… rien. Je ne suis plus rien. Pourtant je pense…

Tout à coup, tout s’accélère. La lueur bleue devient verte. Alors l’arbre se penche vers moi et me tend un fin bout de branche… ma pensée s’y accroche sans que je puisse émettre la moindre protestation. Je n’ai pas d’autre choix que celui de me laisse emporter. Par capillarité, je me sens pénétrer au cœur de la plante. Le diamètre de la branche qui m’emporte décuple. Les dimensions changent. Au fur et à mesure que l’ensemble grossit, je glisse le long de la paroi. Je suis de plus en plus petit et à mon échelle, l’espace paraît parfaitement cylindrique. Je ne distingue plus le haut du bas. Je parcours le tube le long d’une trajectoire hélicoïdale à une vitesse de plus en plus grande. Je sens que je m’étire. Je mesure des kilomètres. J’accélère encore, le diamètre de ma trajectoire grandit progressivement, je ne suis plus qu’un minuscule fil. Puis enfin, je me romps. Je suis une pensée errant au gré des courants d’airs le long d’un tube dont je ne vois pas la fin.

Ce voyage tubulaire a duré une éternité. Maintenant j’aperçois (ou je sens) des formes autour de moi. Des paysages. Je devine la mer, les montagnes, les océans ! On dirait que j’ai ralenti. Je descends vers une ville. Elle est de taille moyenne. Il y a du monde. Je me réchauffe. Le soleil doit briller. Je survole la ville au ralenti et m’approche du sol. Personne ne semble m’apercevoir. Pourtant je suis bien là et moi, je vois tout le monde ! Je… ah ! Je viens de passer de part en part du clocher de la cathédrale. Mais je suis intact. Coup d’œil vers l’arrière. Le clocher n’a gardé aucune trace de mon passage.

Je commence à apprécier cet état d’apesanteur quant à nouveau je me sens aspiré vers un bâtiment au loin. Je tente de résister pour profiter de ce paysage familier. Je suis las de cette aventure. Je ne comprends pas tout et j’ai peur de mourir. A moins que je sois déjà mort… La force est très puissante. Je tente de m’accrocher partout, mais rien ne me retient. Le monde est insaisissable. Soudain, il fait noir. Je sens la force qui continue à me tirer. Il fait plus chaud. Je me sens moite… oh non ! On me pousse maintenant. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Mais enfin je… que m’arrive-t-il, j’ai peur ! Je veux tout arrêter, retourner à Etretat. Je dois me réveiller je… ah ! J’étouffe. Il fait froid ! Ou suis-je ? D’énormes yeux me regardent, des mains me saisissent. Arrêtez ! Je veux retourner à… mais d’où viens-je ? Je suis… mais qui ? Je…

Pas d’autre solution : hurler pour me réveiller. Ce n’est qu’un mauvais rêve. Retrouver la mémoire. La mémoire de quoi d’ailleurs. Sensations nouvelles. Mes pensées deviennent éparses. Le sommeil me gagne. La faim. Je suis mort. Ca y est. Je ne vois plus quoi faire. Je m’abandonne à l’oubli. Que la vie m’emporte.

Nicolas QUENTIN
Bienne, 22 Janvier 2009

La rencOntre du metsi

Le monde est sourd. Les skis suivent sans broncher les traces d’un décors où tout étincelle sous un soleil éblouissant. Partout autour, un cocon de neige immaculée s’étend à perte de vue; c’est aveuglant. Mais il est parfois beau de ne rien voir! Cependant il est soir et avant le noir c’est l’heure de partir. Les jambes douloureuses des heurts des heures de glisse sautent de joie à l’idée de se laisser rouler. C’est dur, sus tant d’agitation, de monter dans une auto gelée. Ca donne soif. Mais patience ce n’est pas long d’autant qu’elles s’essoufflent à force de rage. La fontaine n’est pas loin, tout va bien.

Le calme revenu après cette brève mascarade de fin de parcours, je pars pour Jougne et sa fromagerie, le réconfort d’after l’effort; sous ma salive une morbiflette se profile et exige du bon lait cru moulé à la louche. Arrivé au royaume des effluves, parcours rapide des étagères des yeux, à moins que ce ne soit l’inverse. Charcuteries, saucissons, miels, vins jaunes… halte! On a parlé de fromagerie! Du fromage de bleu! Je n’en veux pas tout un plat! 

Mais finalement, pas de panique. Un signe de la dame en blanc devant le fromage que je lui fais. Direction du bout du doigt suivi du bout du regard, et un quart d’oeil plus tard sur la droite… du comté jeune! vieux! bleu de Gex! Mont d’Or! Crèmes fraîches! MORBIER! Les gens passent et moi je reste, ébahi.

Soudain, au milieu de cette caverne aux trésors, c’est la rencontre du Metsi! Je suis aux anges…