jan 22 2009

Le poissOn magique

… que nous nous promenons. Les falaises d’Etretat sont vraiment magnifiques. Je crois apercevoir en contre bas un pêcheur dans une barque. Il remonte un énorme poisson. Ca me fait penser à Dingo et le poisson magique. Je me penche pour mieux voir. Soudain le sol se dérobe sous moi. Je crie. Je ferme les paupières.

J’ouvre un œil. L’environnement est brumeux. Le second. Je n’y vois pas plus clair. Seule la silhouette d’un gigantesque arbre au milieu de ce paysage de coton apparaît en ombre chinoise à quelques mètres. Il a dû tomber de la falaise avec moi. Une puissante source lumineuse bleue luit derrière le tronc du colosse. Un véhicule ? Pourtant tout est silencieux. Et la couleur… Soudain la lumière devient verte et disparaît, toujours sans le moindre bruit. Je n’y vois plus rien. Je tremble. J’ai froid. Je suis assis sur le sol. Je le devine couvert d’herbe. Je dois être dans un pré. A moins que ce soient de jeunes pousses de blé et je suis dans un champ. La rosée mouille le fond de mon pantalon. Je me lève, inquiet. Où suis-je ?

Le temps passe lentement. La valse des couleurs recommence encore. Puis encore des dizaines et des dizaines de fois. Le brouillard ne se lève pas. Je ne sais pas où aller. J’ai tenté de m’éloigner mais mes jambes sont lourdes et l’arbre me suit ! Mes pensées s’étirent, mes gestes ralentissent. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis ici. Une éternité. Perdu. Immobile. Pétrifié. J’ai peur. Tout à coup, j’ai la désagréable sensation d’être aspiré… en réalité (est-ce vraiment la réalité ?), une vague de lumière pousse le nuage qui m’oppresse depuis si longtemps. Je suis dégagé du piège d’ouate et peux désormais contempler, à la lueur d’un lointain soleil bleu, tout ce qui m’entoure… et je constate, effrayé, qu’il n’y a RIEN !

Mis à part l’arbre, il n’y a rien. Je ne touche aucun sol. L’arbre flotte dans le vide. Pourtant j’ai bien la sensation d’être posé sur le sol. Je regarde au loin, cherche un horizon. Mais il n’y a pas d’horizon. Une infinité de vide. Je suis pris de vertige. Le brouillard me manque. Mais j’y pense, la rosée de tout à l’heure ? Je l’ai bien sentie ! Où est-elle passée ? Je regarde mes pieds… pas de pieds. Je tente désespérément de voir un corps… rien. Je ne suis plus rien. Pourtant je pense…

Tout à coup, tout s’accélère. La lueur bleue devient verte. Alors l’arbre se penche vers moi et me tend un fin bout de branche… ma pensée s’y accroche sans que je puisse émettre la moindre protestation. Je n’ai pas d’autre choix que celui de me laisse emporter. Par capillarité, je me sens pénétrer au cœur de la plante. Le diamètre de la branche qui m’emporte décuple. Les dimensions changent. Au fur et à mesure que l’ensemble grossit, je glisse le long de la paroi. Je suis de plus en plus petit et à mon échelle, l’espace paraît parfaitement cylindrique. Je ne distingue plus le haut du bas. Je parcours le tube le long d’une trajectoire hélicoïdale à une vitesse de plus en plus grande. Je sens que je m’étire. Je mesure des kilomètres. J’accélère encore, le diamètre de ma trajectoire grandit progressivement, je ne suis plus qu’un minuscule fil. Puis enfin, je me romps. Je suis une pensée errant au gré des courants d’airs le long d’un tube dont je ne vois pas la fin.

Ce voyage tubulaire a duré une éternité. Maintenant j’aperçois (ou je sens) des formes autour de moi. Des paysages. Je devine la mer, les montagnes, les océans ! On dirait que j’ai ralenti. Je descends vers une ville. Elle est de taille moyenne. Il y a du monde. Je me réchauffe. Le soleil doit briller. Je survole la ville au ralenti et m’approche du sol. Personne ne semble m’apercevoir. Pourtant je suis bien là et moi, je vois tout le monde ! Je… ah ! Je viens de passer de part en part du clocher de la cathédrale. Mais je suis intact. Coup d’œil vers l’arrière. Le clocher n’a gardé aucune trace de mon passage.

Je commence à apprécier cet état d’apesanteur quant à nouveau je me sens aspiré vers un bâtiment au loin. Je tente de résister pour profiter de ce paysage familier. Je suis las de cette aventure. Je ne comprends pas tout et j’ai peur de mourir. A moins que je sois déjà mort… La force est très puissante. Je tente de m’accrocher partout, mais rien ne me retient. Le monde est insaisissable. Soudain, il fait noir. Je sens la force qui continue à me tirer. Il fait plus chaud. Je me sens moite… oh non ! On me pousse maintenant. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Mais enfin je… que m’arrive-t-il, j’ai peur ! Je veux tout arrêter, retourner à Etretat. Je dois me réveiller je… ah ! J’étouffe. Il fait froid ! Ou suis-je ? D’énormes yeux me regardent, des mains me saisissent. Arrêtez ! Je veux retourner à… mais d’où viens-je ? Je suis… mais qui ? Je…

Pas d’autre solution : hurler pour me réveiller. Ce n’est qu’un mauvais rêve. Retrouver la mémoire. La mémoire de quoi d’ailleurs. Sensations nouvelles. Mes pensées deviennent éparses. Le sommeil me gagne. La faim. Je suis mort. Ca y est. Je ne vois plus quoi faire. Je m’abandonne à l’oubli. Que la vie m’emporte.

Nicolas QUENTIN
Bienne, 22 Janvier 2009


déc 16 2008

La rencOntre du metsi

Le monde est sourd. Les skis suivent sans broncher les traces d’un décors où tout étincelle sous un soleil éblouissant. Partout autour, un cocon de neige immaculée s’étend à perte de vue; c’est aveuglant. Mais il est parfois beau de ne rien voir! Cependant il est soir et avant le noir c’est l’heure de partir. Les jambes douloureuses des heurts des heures de glisse sautent de joie à l’idée de se laisser rouler. C’est dur, sus tant d’agitation, de monter dans une auto gelée. Ca donne soif. Mais patience ce n’est pas long d’autant qu’elles s’essoufflent à force de rage. La fontaine n’est pas loin, tout va bien.

Le calme revenu après cette brève mascarade de fin de parcours, je pars pour Jougne et sa fromagerie, le réconfort d’after l’effort; sous ma salive une morbiflette se profile et exige du bon lait cru moulé à la louche. Arrivé au royaume des effluves, parcours rapide des étagères des yeux, à moins que ce ne soit l’inverse. Charcuteries, saucissons, miels, vins jaunes… halte! On a parlé de fromagerie! Du fromage de bleu! Je n’en veux pas tout un plat! 

Mais finalement, pas de panique. Un signe de la dame en blanc devant le fromage que je lui fais. Direction du bout du doigt suivi du bout du regard, et un quart d’oeil plus tard sur la droite… du comté jeune! vieux! bleu de Gex! Mont d’Or! Crèmes fraîches! MORBIER! Les gens passent et moi je reste, ébahi.

Soudain, au milieu de cette caverne aux trésors, c’est la rencontre du Metsi! Je suis aux anges… 


sept 9 2008

Biotechnologie de pOinte

- Bonjour Monsieur. Bienvenue sur les serveurs de Sécuritâches.
- Merci. C’est très aimable à vous de me connecter si rapidement.
- Vous avez souhaité être branché en Wifi-Com-Max sur les serveurs de Sécuritâches afin de passer un entretien distant sécurisé, rapide et web-transparent pour le poste de… d’analyste comportemental. C’est exact ?
- Affirmatif Monsieur.
- Bien. Veuillez noter qu’aucune des informations vous concernant que nous recueillerons lors de cette communication ne sera divulguée en dehors des services compétents de Sécuritâches. Nous respectons la législation CNIL2053 sur le respect de la vie indépendante et le droit de chacun à ne pas être soumis à l’information massive inattendue, publiée dans l’Art. 155.32-5 de la constitution Nouvellère. Pour commencer, je vous laisse vous présenter brièvement.
- Je m’appelle IP 0041.32.339.92.19, je suis né en 2008 à Moonstadium, Universe. J’ai une programmation d’ingénieur Polysoft et suis intéressé par le comportement humain.
- Votre nationalité ?
- MG Patent.
- Pouvez-vous m’en dire davantage ?
- Mère naturelle porteuse bio originaire de France-Terre et père technologique terrien également. Il s’agit de l’inventeur Myao Setaki Amoy, Ingénieur Japonais, connu pour la fiabilité de ses enfants. Mes parents se sont installés à Moonstadium à la fin de la Guerre Noire. Grâce à la qualité génétique dont j’ai hérité, j’ai dès mon plus jeune âge été confié pour quelques milliers de dollars universels à l’entreprise Microogle dont le siège est situé au cœur de la ville, à quelques centaines de mètres du domicile familial. D’où ma nationalité MG Patent.
- Parfait. C’est très intéressant. Le poste pour lequel vous vous portez candidat requiert de grandes capacités techniques. Les tâches que vous auriez à accomplir sont assimilées à de l’espionnage psychologiciel inter galactique. Vous comprendrez que je suis contraint à vous demander des détails aussi personnels que le contenu de votre fiche personnelle n’est-ce pas ?
- Bien évidemment. Je suis équipé du système cérébral MG Chrome-IK et doté de 2.10^4 TO de mémoire morte holographique couplée à 2 TO de mémoire vive ionique. Cette vivacité me permet d’analyser en temps réel les situations les plus complexes. Mon système de vision est doté d’une technologie grand angle de 10^3 GDots m’offrant une acuité exceptionnelle même à grande distance dans des conditions de visibilité extrêmes. Système auditif équipé de micros intégrés tri-canaux avec possibilité d’entendre derrière des parois insonorisées. Un seul retour en milieu hospatelier en 102 ans pour un bénin voilage de MEMs au niveau de mon capteur olfactif Ch-N°5. Pour l’ensemble, je dispose auprès d’une assurance sérieuse d’une couverture service après embauche de 50 ans minimum. Voici mon certificat format flash-paper-6.
- C’est noté. Je vous remercie pour ces informations. Parlez-moi maintenant de vos loisirs.
- Je passe la majeure partie de mon temps libre à connecter mon port F-Time sur Canal Univers afin de rester en conditionnement avec le reste des humains, conformément à la norme ISO 4232612.3 qui prévoit des peines de coupures réseaux en cas de manquement à cette activité. Le reste du temps, je prends soin de mon corps car je me sens proche de la nature. Randonnées en gratte-ciel et baignades en stations-dépuration sont mes activités physiques favorites…
- Je vois. De nombreuses activités solitaires. C’est parfait. Votre situation familiale ?
- Programmé pour rester seul encore environ soixante ans. Je suis père de deux réseaux de neurones scolarisés sur la planète Rockball chez Cocapsi. Leurs capacités ne sont pas très techniques, mais leur comportement est irréprochable. Compte tenu de cette situation, je suis disponible à 95% pour Sécuritâches.
- Impressionnant. Vous ne dormez jamais ?
- Je souhaitais justement vous en parler. C’est un de mes majeurs atouts ! J’ai la chance de fonctionner sur un système bi-p-neuronal alternatif grâce auquel je n’ai pas besoin de m’arrêter pour me reposer.
- Excellent. Vraiment impressionnant… Avant de conclure cet entretien, j’aimerais connaître vos prétentions.
- Si vous n’y voyez pas d’objection, je préférerais que vous me formuliez directement une offre. J’accepte les dollars universels et avantages nature comme flash vacances ou tickets courants…
- Très bien. Je prends note. Je vous remercie Monsieur IP-x. Nous vous reconnecterons dès que possible pour un éventuel contrôle technique.
- Je suis à disposition.
- Au revoir.
- Merci.

Nicolas QUENTIN
Penthalaz, 06 Septembre 2008